Réforme de l’AOC bourgogne : un dossier épineux à l’issue incertaine

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Venus manifester à Paris contre un projet de modification du périmètre de l’AOC bourgogne, les viticulteurs de la région ont obtenu le retrait du projet. Bataille gagnée donc, mais le sujet n’est pas éteint pour autant.

Le dossier de révision de l’aire géographique de l’AOC Bourgogne a enflammé la région en janvier et février derniers. À la demande répétée de la Fédération des appellations de Bourgogne, l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) s’est attelé à un dossier épineux sur lequel les premiers débats et textes remontent à… 1937. À cette époque, un premier décret d’appellation régissant l’appellation d’origine contrôlée (AOC) bourgogne avait déterminé les contours de l’appellation sans jamais définir clairement les limites et parcelles concernées en Chablis et en Beaujolais. Souhaitant clarifier ce vide juridique, l’Inao a proposé de faire sortir 64 communes bourguignonnes de l’aire géographique « AOC bourgogne » et de faire entrer des communes du Beaujolais situées au sud et à l’ouest de Villefranche-sur-Saône. Sur les 64 communes perdant la capacité à produire l’AOC bourgogne, 12 sont situées dans le Mâconnais, 30 en Côte-d’Or (essentiellement dans le Châtillonnais) et 22 dans l’Yonne (principalement dans le Chablisien). Le projet qui devait être présenté devant le comité national de l’Inao le 6 février dernier a suscité un tollé et enflammé la viticulture. La pétition « Vive la Bourgogne, vive le Beaujolais, non au bourgogne dans le Beaujolais » a recueilli 3.000 signatures. Et malgré le retrait de la proposition de l’ordre du jour le 5 février, viticulteurs et élus locaux se sont retrouvés devant le siège de l’Inao à Montreuil le jour J. Si la viticulture semble avoir gagné le report du dossier, rien n’a encore été validé et aucune nouvelle discussion n’est prévue sur le sujet.

Les enjeux sont de taille. Côté viticulture, on estime que le projet pourrait représenter 10.000 hectares supplémentaires pour l’AOC alors que l’Inao estime que cela ne concernerait que 2.000 à 3.000 hectares. Pour la viticulture bourguignonne, les différences concurrentielles entre Bourgogne et Beaujolais sont considérables. Les nouvelles plantations qui pourraient voir le jour en Beaujolais, profitant des aides pour la restructuration, seraient pensées pour être très productives, avec des rangs de vignes espacés et mécanisables. À terme, l’augmentation de la production, les techniques de viticulture différentes et l’amalgame entre deux régions viticoles historiquement distinctes pourraient faire chuter les prix de l’AOC bourgogne. Alors que les organismes de défense et de gestion (ODG) encadrent depuis plusieurs années les autorisations de plantation avec le souci de conserver un équilibre entre offre et demande.

Catherine Zivi

Un travail de longue haleine

Trouver une issue au conflit opposant INAO et viticulteurs bourguignons sera un travail de longue haleine. Si le président du comité national des appellations d’origine relatives aux vins, Christian Paly, a déclaré « qu’il ne serait pas le président qui sortirait le chablis de la Bourgogne » suite à la manifestation du 6 février, pour Guillaume Willette, directeur du syndicat des bourgognes, « il n’y a actuellement aucune visibilité sur l’évolution du dossier ». « Aucun calendrier n’a été avancé, indique-t-il. En l’état actuel des choses, rien ne peut être présenté lors du prochain comité national prévu en juin. Pour le syndicat, l’idée est de définir l’identité de l’AOC bourgogne et de de revoir la liste des parcelles concernées en fonction de critères multiples : sol, climat, cépage, usage, tradition, histoire… Obtenir un consensus sera donc une opération de longue haleine. Si tout le monde est d’accord, il faudra au moins trois à quatre ans pour définir la liste des communes et les parcelles concernées. »

C.Z.