Quand le vin de Bourgogne fait son cinéma

Le Goût du vin

Pendant le confinement, l’œnotourisme est à l’arrêt. Profitant de la sortie d’un film américain tourné à Chablis, pourquoi ne pas en profiter pour revoir tous ces films qui mettent à l’honneur la Bourgogne viticole, décor en vogue ces dernières années…

À Memphis, le destin d’Elijah est a priori tout tracé. Il doit reprendre le restaurant de son père – plutôt genre barbecue que gastronomie française. Mais ce jeune Afro-Américain a un rêve en tête : reprendre un domaine viticole. Et quitte à faire, en France, en Bourgogne. Voilà la trame du Goût du vin, le premier long-métrage d’un réalisateur venu du monde des séries, Prentice Penny, qui a confié le premier rôle à Mamoudou Athie, dont la critique salue d’ailleurs unanimement la performance. À Chablis, le domaine Long-Depaquit, propriété de la maison beaunoise Albert-Bichot, a accueilli le tournage. Et le scénario met à l’honneur quelques-uns des meilleurs crus de la région : un corton grand cru 2016, un chablis Moutonne, un corton-charlemagne de chez Louis-Latour… Vous ne verrez jamais le film en salles, et pour cause : il est sorti, en plein confinement, sur Netflix, sous le titre original Uncorked (littéralement : « Débouché »).

Pio Marmaï, Gérard Lanvin, Ana Girardot, Gaspard Ulliel…

Le Goût du vin n’est pas le premier film dont le vignoble bourguignon constitue le sujet et le décor. Ces dernières années, effet Unesco ou pas, plusieurs réalisateurs de renom ont planté leurs caméras entre les pieds de vigne. Ce fut le cas de Cédric Klapisch pour Ce qui nous lie, sorti en 2017. L’histoire d’un frère incarné par Pio Marmaï et d’une sœur jouée par Ana Girardot qui reprennent le domaine familial et portent une ambition nouvelle pour lui. Le film a été tourné dans la région beaunoise – Chassagne-Montrachet, Puligny-Montrachet, Meursault. De nombreux critiques l’ont salué comme le premier vrai grand et bon film de fiction sur le monde du vin.

Pio Marmaï et Ana Girardot dans Ce qui nous lie.

Deux ans plus tôt, en 2015 donc, Jérôme Lemaire avait signé Premiers crus. Là encore, l’histoire du retour du fils, interprété par Gérard Lanvin, sommelier parisien contraint, pour que le domaine paternel ne sombre pas, de chausser les bottes et de mettre les mains dans la vigne. Dans Vintner’s Luck, dont l’action se déroule au XIXe siècle, un jeune viticulteur ambitieux mijote le millésime parfait. Le film, réalisé par Niki Caro avec Jérémie Renier, Gaspard Ulliel et Vera Farmiga, est sorti en France en 2012. Autant de films qui ont bénéficié de l’appui du Bureau d’accueil des tournages de Bourgogne-Franche-Comté.

Gérard Lanvin dans Premiers crus

Grands documentaires

Dans un autre registre que la fiction, Mondovino avait, à sa sortie en 2004, fait couler beaucoup d’encre. Jonathan Nossiter, dans ce documentaire fleuve de près de trois heures, parcourt les vignobles de la planète, en quête de récits et de témoignages. En Bourgogne, c’est Hubert de Montille à Volnay qui est à l’honneur, défendant, dix ans avant de mourir, la notion de terroir et le lien indéfectible entre le vin et la civilisation. Au registre des documentaires, il faut citer aussi Raisins amers, sorti en 2017 : l’histoire incroyable de ces grands bourgognes contrefaits, vendus aux enchères à New York, et de ce viticulteur de Morey-Saint-Denis, Laurent Ponsot, qui dévoile l’arnaque et témoigne lors d’un retentissant procès à New York en 2013 au cours duquel s’expriment également Aubert de Villaine (domaine de la Romanée Conti) et Christophe Roumier du domaine éponyme de Chambolle-Musigny. Plus récemment, en 2019, Marie-Ange Gorbanevsky signe un documentaire tout à la gloire des vins de Bourgogne, L’Âme du vin, et, en 2017, Thierry Pouget réalise Lignes de vignes, tourné à Chablis et présenté hors compétition au festival de Cannes.

Mondovino
L’Âme du vin

Cinquante ans après le tournage des scènes mémorables de La Grande Vadrouille à Meursault et aux Hospices de Beaune – c’était en 1965 –, la Bourgogne, qui n’avait pas été jusqu’à ces dernières années la région viticole la plus prisée par les cinéastes, est donc enfin devenue un terrain de jeu apprécié pour le septième art.

Patrice Bouillot

À voir : la bande-annonce du Goût du vin, sorti sur Netflix le 27 mars dernier.