Les beaujolais de l’été, nos portraits

Beaujolais Bagnols paysage
Bagnols, au pays des pierres dorées, la "petite Toscane" dans le sud Beaujolais.

Notre dégustateur Guillaume Baroin ne s’est pas contenté de goûter à l’aveugle plus de 300 cuvées de beaujolais pour en tirer une sélection de rouges, de rosés et de blancs qui fera votre bonheur cet été. Il a rencontré quelques-un(e)s des vigneron(ne)s du Beaujolais dont les produits ont déclenché son coup de cœur.

 

Domaine Jean-Pierre Rivière : Alexandre le grand

Domaine Rivière Beaujolais

Le jeune Alexandre Rivière a enfoncé les ceps de beaujolais plantés par son père Jean-Pierre. Ce natif de Lachassagne n’a « qu’un petit bout de Chiroubles et du Chénas » et pas même un morceau de beaujolais villages… et il en est fier ! Ses parents commencèrent l’histoire avec trois hectares en 1984. Ils en exploitent aujourd’hui 25 dans les grands terroirs argilo-calcaires des Pierres dorées. Alexandre est grand mais ne s’affiche pas sur l’étiquette. Sa satisfaction, il la trouve dans les joies que lui procure son métier : accueillir ses clients (de préférence sur rendez-vous), leur organiser un mâchon dans l’esprit beaujolais ou des soirées à thème. Œnologue formé à Changins, en Suisse, il enchaîne avec des expériences viticoles en Nouvelle-Zélande et en Californie avant de revenir d’installer en 2013. Il plante du gamaret, lance de nouvelles cuvées en sélection parcellaires. Le prochain défi d’Alexandre sera de passer en bio un domaine qui est déjà labellisé Terra Vitis et haute valeur environnementale. L’aiderez-vous ?

www.domainejpriviere.com – 04 74 67 00 67

Beaujolais blanc 2019. Parée d’un jaune clair à la brillance verte, la pêche blanche semble avoir colonisé le verre du nez à la bouche. Sa finale est pure et se mariera à merveille avec un gravelax de saumon. 7 €.

Beaujolais blanc « chardonnay Saint-Trys » 2018. La lumière dorée du chardonnay parle dans cette bouteille. De fins arômes muscatés et de rose anciennes parlent au nez. Son jus élégant et racé en fait une bouteille pour toutes les occasions. 7 €.

Beaujolais rouge « Infini » 2018. Un beau carmin habille ce vin habité par les fleurs suaves comme la glycine. Son tanin sucré fait place à une saveur acidulée de clafoutis à la griotte. Malgré un haut degré alcoolique (16°), il reste frais. Un véritable canon à embrouilles ! 20 €.

Beaujolais rouge « fût de chêne » 2018. Le patchouli et la sève de bois embaument le verre sous un jus carmin. Un fruit gras de cerise prend possession de la bouche. C’est un vin gourmand qui possède assez de coffre pour vieillir. 9 €.

 

Domaine Picotin : depuis… 1609

Domaine Picotin Beaujolais

Même pas majeur, à 17 ans, Marc Mercier s’installe sur les vignes de ses aïeux, vignerons depuis 1609. Un « cep généalogique » le rappelle. Nous sommes en 1984 et, à Lucenay, il faut être polyculteur pour « gagner sa croûte ». Marc a du courage à revendre. La preuve. Des cinq hectares de ses débuts, il est passé à… 38 ! Son épouse Christine le soutient, allant jusqu’à quitter en 2008 son poste à Lyon pour l’épauler dans le développement de la bouteille via leur magasin « Cœur de ferme » qui regroupe 14 fermes vendant en direct. Leurs beaujolais sont à leur image : accessibles et généreux. À l’aveugle, ils valent le double du prix à la cave… Laissez-vous guider !

www.domainepicotin.fr – 04 74 67 04 37

Beaujolais blanc 2019. Un or clair verdoyant aux senteurs de chèvrefeuille en bouton… Sa texture pleine a la bonne saveur d’une nectarine blanche. La parfaite cuvée apéritive. 5,20 €

Beaujolais rouge 2019. Sa robe légère est là pour tromper son monde. Son parfum complexe marie la rose séchée à la cannelle pour une texture à la fine minéralité des Pierres dorées. Le gamay parfait pour un poulet rôti. 5 €.

 

Maxime Troncy : l’appel de la vigne

Maxime Troncy Beaujolais

Maxime a 35 ans mais il en paraît dix de moins. Un look « cool » loin de sa formation commerciale initiale « costard-cravate ». Après deux ans de travail dans la téléphonie, il raccroche. L’appel de la vigne est plus fort. Il a vu ses parents s’échiner avec bonheur sur les coteaux pentus de Cogny, dans les Pierres dorées. Il veut faire son vin. Il s’installe en 2013 après six mois de vendanges en Australie. Il achète du moulin à vent et du chénas avec ses économies. Reprend progressivement des vignes en location. Ses onze hectares lui suffisent. Il engage en 2018 quelques parcelles vers le bio. Le bio, c’est sa génération. Celle pour laquelle la nature n’est pas un décor de vacances. Ses vins lui ressemblent. Naturels. Sans artifices œnologiques. Parfois bruts mais avec une bonne éducation vigneronne. Celle qui ne laisse jamais un verre vide.

maxtroncy@hotmail.com

Beaujolais rouge « Sourire au naturel » 2018. Noire comme de l’encre, cette cuvée offre un parfum sucré de pollen. Sa tessiture charnue (sans sulfite et sans filtration) montre la parfaite gestion de la maturité d’une année solaire… Et le plaisir évident qu’elle dégage réunira vos amis autour. 13 €

(D’autres cuvées ont été dégustées au domaine mais, n’ayant pas été dégustées à l’aveugle, elles ne sont pas citées ici).

 

Bel Avenir : le domaine qui porte bien son nom

Domaine Bel Avenir Beaujolais Dardanelli

Trois beaujolais villages présentés, trois sélectionnés ! Avec sa fille Laura, 29 ans, Cécile Dardanelli croit en son bel avenir. Le nom de leur domaine vient de celui du hameau de La Chapelle-de-Guinchay, où la maison d’habitation voisine avec le cuvage. Publicitaire de formation, Cécile vient au vin par son mariage. L’histoire avait débuté autour des simples beaujolais de son mari, à leurs débuts en 1986. Le domaine affiche aujourd’hui huit crus sur les dix que compte le Beaujolais. Les beaujolais ne sont pas en reste et ont droit aux même égards que les crus. Les habillages ont été dépoussiérés et le gamay aussi. Le site internet marchand du domaine permet d’acheter au prix de la cave des petites pépites de gamay. Profitez-en : jusqu’au 15 juillet, le port est offert à partir de 12 bouteilles commandées !

www.domaine.bel.avenir.com – 06 12 63 32 42

Beaujolais villages rouge « The Best Off » 2019. Le séducteur arôme de cerises noires au sirop flatte le nez tandis que sa trame sucrée étage ses tanins comme une échelle dans votre bouche. Il est déjà bon, mais laissez lui deux hivers pour s’affiner en douceur. 7,40 €

Beaujolais villages rouge « B By Bel Avenir » 2018. La noblesse du fruit marque sa robe de pinot et son nez de vieilles roses. Sensuel et gouleyante, sa matière salivante fera un malheur sur des saucisses aux herbes. 7,40 €

Beaujolais villages rouge « La Chapelle » 2018. Son rouge pinote aux parfums floraux de la vendange entière. Un fruit léger de cerise rouge accompagne un tanin clair à la finale fraîche. 7,40 €

 

Domaine Ruet : triplé gagnant

Domaine Ruet Beaujolais Duthel

Les Duthel sont de ces producteurs dont tout amateur de beaujolais a entendu parler ou goûté les vins mais dont il ne connaît pas les visages. Ce couple de quarantenaires a perpétué la tradition viticole héritée des parents de Kathy. À elle, le commerce et la gestion « en bonne mère de famille » du domaine. À David, les vignes et la vinification depuis la transmission du bâton de vinificateur en 2010 par son beau-père. Leurs vingt hectares sont bien gardés. Il y a notamment deux hectares de beaujolais et de beaujolais villages dont une partie travaillée en bio. Lors de notre dégustation, les Duthel sont les seuls à avoir réussi le triplé : sortir dans les trois couleurs et ce avec juste un échantillon de chaque. Une visite de confinement à leur caveau s’impose.

www.ruet-beaujolais.fr 04.74.66.85.00

Beaujolais villages blanc 2019. Son fruité gourmand n’enveloppe vos papilles que pour mieux les relâcher avec élégance sur une saveur de fruits à chair blanche. Un vin de terroir équilibré. 8,90 €

Beaujolais rosé 2019. Sous ce rose poupée Barbie vole une chevelure aromatique de chèvrefeuille et de jasmin. Son fruit franc vous régale d’une fraîcheur mentholée qui fait le tour de la bouche. 7 €

Beaujolais villages rouge 2019. La robe comme le nez avec son doux parfum de cerise mûre sont celles d’un gamay bien traité. Sa matière nerveuse est sincère, directe comme un adolescent qui revendique son indépendance. C’est un futur bel adulte qu’il faudra voir grandir. 7,90 €

 

Château des Vergers : rencontre avec une future grande vigneronne

Domaine des Bergers Beaujolais Cosima Bassouls

D’accord, Cosima Bassouls est une jeune femme de 28 ans. Elle affiche un joli sourire et prend bien la lumière. Mais nous, nous avons goûté ses vins à l’aveugle et nous avons été bluffés par son premier millésime ! Cosima signifie « ordre » en grec. Pourtant on y décèle un grain de folie. En rouge comme en blanc, ses produits révèlent une véritable personnalité. On sent qu’elle a mis de la sueur à presser dans le vieux pressoir vertical américain de 1850. « Quant à ma pompe à vendange, c’est Hugo, mon chéri, et ses bras ! ». Celle qui, après un diplôme d’ingénieur agronome à Paris, se destinait à travailler pour des ONG dans des pays en voie de développement exploite un domaine à échelle humaine – 5,35 hectares exclusivement à Lantignié. Dans le droit fil de Frédéric Berne, avec lequel elle partage cuverie et vigne, elle s’investit à fond dans le projet des Terrasses de Lantiginé. Un petit bout de femme au profil de grande vigneronne.

c.bassouls@gmail.com – 06 69 71 18 31

Beaujolais lantignié « Le Blanc » 2018. Or vert clair comme l’eau de roche parcouru de jolies notes de pomme et de poire verte. L’ensemble se poursuit dans une bouche fraîche et équilibrée à la finale iodée. Une évidence à l’heure de l’apéritif. 11 €

Beaujolais lantignié « Le Fût » blanc 2018. À ce stade, le boisé sèveux prend le dessus sur le fruit. Mais, à l’aération, le vin offre une plénitude gourmande mettant en valeur une saveur d’amande que l’on retrouve dans une bouche ample. Un vin qui puise au fond de sa terre le temps de vivre. 15 €

Beaujolais lantignié « Le Fût » rouge 2018. Une robe de nuit cache un parfum sèveux de bois de rose. Son jus épicé en attaque laisse une finale dominée par la fraîcheur des pierres bleues. Un terroir que l’hiver mettra en place. 15 €

Beaujolais lantignié « La Deuxième » rouge 2018. Violin intense et pur au nez puisant de santal et de rose. Sa saveur digeste est bien équilibrée et en fait un vin à maturité. 11 €

G.B.