Domaine Mongeard-Mugneret : accueillir et partager

« Chez nous, au domaine, la vie est intense mais sans mouvements brusques. Notre savoir-faire est classique, traditionnel, mais afin de bien vivre notre temps, nous sommes attentifs et perméables au progrès. J’aime assez me référer à l’épitaphe du lycée viticole : « Tradition et progrès ». » Vincent Mongeard, homme du terroir, cultive passion et discrétion à la tête de son domaine de Vosne-Romanée, « la perle du milieu du collier de la côte bourguignonne ». S’ouvrir vers le monde tout en préservant son intimité loin des projecteurs est l’une de ses priorités : « Pour vivre heureux, vivons cachés », dit-il. Descendant d’une famille qui cultive la vigne depuis plus de huit générations, il se veut le garant de la renommée du nom de ses grands-parents, Mongeard-Mugneret, connu depuis 1945. Perpétuer et transmettre, pérenniser une viticulture de qualité, l’amour d’un travail responsable sont en quelque sorte son leitmotiv : « Il est de notre devoir de transmettre avec passion nos connaissances et pour cela nous devons puiser dans l’expérience de nos ancêtres, les partager, afin de sublimer et perpétuer notre savoir-faire et savoir-être ». Dans un monde de frénésie, du « tout, tout de suite », Vincent Mongeard revendique de « prendre son temps ». C’est ce qui fait la force et la marque de fabrique d’un domaine « à l’écoute » : « Quand on a une passion, tel un chef gastronomique ou tout autre artisan de notre patrimoine, nous avons un message à faire passer, une âme, l’amour de tout ce qu’implique la culture de la vigne, l’art du vin et le plaisir que l’on a à partager une belle bouteille ».

L’export, expérience humaine avant tout

Le domaine exporte 70 % de sa production. Implanté au Japon depuis 1974, il fut parmi les premiers à vendre en Chine. « S’imposer à l’étranger demande stratégie et dextérité, le choix d’hommes et de femmes de terrain au plus près de la culture locale. Nos visiteurs étrangers font l’effort de nous comprendre, s’intéressent et maîtrisent bien souvent le cadastre viticole français mieux que certains de notre cru. L’échange est phénoménal, cela devient presque un jeu à certaines occasions, des expériences humaines mémorables. »

En matière d’œnotourisme, le domaine est partenaire de l’hôtel-restaurant Le Richebourg, qui est une filiale, ce qui permet de concocter plusieurs formules cousu main en famille : « Accueillir nos visiteurs confortablement, les faire voyager au cœur de ce qui a nourri et nourrit encore notre précieux terroir est le mot d’ordre au sein de notre maison. Beaucoup de domaines ne souhaitent pas ou plus opérer de la sorte. Nous considérons que c’est nécessaire, cela nous procure du plaisir et un certain équilibre. Nous sommes aussi présents sur les réseaux sociaux, nous aimons partager la vie dans nos vignes, appréhender l’instant, le capturer et le retransmettre. C’est notre quotidien ».

S’adapter à la crise sanitaire

La crise de la Covid-19 n’empêche pas Vincent de rester serein et positif : « Dans des petits domaines comme les nôtres, le devant de la scène, le caveau de dégustation notamment, est resté désertique. C’est une période qui nous a permis de peaufiner notre stratégie commerciale. Remotiver nos cavistes, agents et divers représentants en France et à l’international. D’être plus encore à l’écoute et de continuer à fidéliser notre clientèle de particuliers. Les expéditions à l’export n’ont pas rencontré de problèmes majeurs. Nous sommes restés résilients en quelque sorte et n’avons rien modifié à la philosophie du domaine. Nous avons été très prudents pendant les vendanges : nous avons géré une équipe de 80 vendangeurs et mis en place, en interne et avec les instances concernées, une stratégie avec tous les gestes préventifs nécessaires afin de pouvoir travailler sereinement et en toute sécurité. Nous sommes confrontés à un bouleversement sanitaire avec lequel nous devrons apprendre à vivre, faisons-le donc avec intelligence. »

Viviana Jaimon

 

Une cuvée pour dire son amour à l’Argentine

Voilà une cuvée qui suscite notre curiosité : la cuvée M. Elle est née de l’attirance de Vincent Mongeard pour le malbec ou côt de Cahors. Amoureux de la vie, curieux de nature, passionné de courses automobiles, le viticulteur évoque ses nombreux voyages et son amour pour l’Argentine : « L’Argentine, c’est mon truc. J’ai été séduit par sa culture, son savoir-vivre et son savoir-être, les gauchos… Je monte à cheval… J’ai beaucoup aimé ce pays de vastes étendues sauvages à perte de vue auxquelles seuls la Cordillère des Andes et l’océan font obstacle, de terres imprégnées des trésors d’anciennes civilisations, de vins issus des plus hauts vignobles au monde dont le malbec est devenu le cépage ambassadeur. » Le malbec est un cépage riche en tanins peu acides et apte au vieillissement. Un cépage typique qui a su séduire ce Bourguignon visionnaire au point qu’il lui réserve une place discrète au pays du pinot noir. Cette cuvée M incarne tout simplement un rêve, celui d’avoir un jour un domaine en Argentine.

V.J.