Beaune, Chablis, Dijon, Mâcon : cités à l’ordre de l’œnotourisme

La Cité des vins et des Climats de Beaune et la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon : 2 cités pour un même objectif ?

La Cité des vins et des Climats de Beaune, avec ses pied-à-terre de Chablis et à Mâcon, et la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon ouvriront à l’horizon 2022. Sont-elles de nature à changer la donne de l’œnotourisme en Bourgogne ?

C’est la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon qui devrait ouvrir le bal : l’inauguration est annoncée pour fin 2021. À moins que la crise actuelle, qui a mis le chantier à l’arrêt, n’ajoute aux deux ans de retard déjà pris pour cause de recours en justice. Au final donc, la cité dijonnaise pourrait accueillir ses premiers visiteurs à peu près en même temps que la Cité des vins et des Climats de Beaune, dont l’ouverture est annoncée en mars 2022. Cette année-là en tout cas, la Bourgogne sera en ordre de marche pour recevoir dignement ses œnotouristes : les quatre cités – car il faut ajouter aux deux premières les petites sœurs de Beaune que seront Chablis et Mâcon – pourraient totaliser entre 400.000 et 500.000 visiteurs annuels.

La coïncidence des inaugurations permettra de poser frontalement la question qui taraude les spécialistes : les cités, celles de Beaune et de Dijon en tout cas, ne risquent-elles d’être inutilement concurrentes ? Ou, si l’on veut bien aborder la question sous un autre angle : comment les deux sites pourront-ils être complémentaires plutôt que concurrents ?

Beaune et Dijon, main dans la main ?

Sur le papier, a priori, Beaune et Dijon affichaient des positionnements distincts. La cité dijonnaise fait partie du réseau des quatre cités de la gastronomie voulu par l’État français pour célébrer le Repas gastronomique des Français inscrits sur la liste du Patrimoine immatériel de l’humanité depuis 2010. La cité des vins de Beaune, elle, doit faire honneur aux Climats du vignoble de Bourgogne, inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2015. Sauf que… Dijon fait partie du périmètre des Climats et entend honorer également lesdits Climats dans sa cité. Et qu’au sein du réseau national des cités de la gastronomie (dont font partie également Lyon, Tours et Rungis), Dijon s’est vu confier la mission de promouvoir les liens entre la gastronomie et… le vin. Une partie de l’offre culturelle et commerciale dijonnaise sera donc clairement positionnée sur le vin. Un acteur l’a bien compris : le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, qui implantera son école des vins sur chacun des deux sites.

Proposer deux lieux d’accueil sur le thème des Climats, sur un territoire relativement étendu, ce n’est pas aberrant. Sauf que les deux villes n’ont jamais – sauf précisément sur le projet d’inscription des Climats à l’Unesco – été capables de travailler ensemble, et certainement pas sur la question touristique. La question est de savoir aujourd’hui si une communication commune sera possible, si des offres communes seront proposées (ticket d’entrée commun par exemple ?), s’il sera offert des contenus réellement complémentaires et si la programmation des événements se fera dans de bonnes conditions. Autrement dit, alors que Bordeaux a injecté des sommes autrement plus considérables dans sa Cité des civilisations du vin, la création des cités bourguignonnes sera-t-elle l’occasion d’apaiser les relations entre les deux villes ou, au contraire, attisera-t-elle les tensions ? Réponse en 2022.

Patrice Bouillot

Beaune : une cité en forme de cep de vigne

©Siz’IX Architecte

C’est l’architecte lyonnaise Emmanuelle Andreani (cabinet Siz’IX) qui a conçu l’architecture audacieuse de la future cité, située à l’entrée sud de Beaune, à deux pas du péage autoroutier. Et c’est le groupe de travaux publics et de bâtiment Rougeot, basé à Meursault, qui mènera les opérations de construction. Un élégant bâtiment conçu comme un cep de vigne, au sommet duquel s’offrira un panorama sur la ville et la Côte de Beaune. Une manière de découvrir les paysages de visu après avoir parcouru l’exposition permanente expliquant le concept des Climats. La cité proposera également à ses visiteurs – ils devraient être 120.000 par an selon des estimations raisonnables, les Hospices en recevant plus de 400.000 – de vivre un « projet expérienciel » autour des vins de Bourgogne, de participer à des ateliers pédagogiques organisés par l’école des vins, et bien sûr de goûter au « bar des découvertes » et d’acheter à la boutique. Des espaces sont prévus également pour l’accueil d’événements. Voilà pour la partie culturelle, qui représente déjà, pour 3.500 mètres carrés à construire, un investissement d’environ 13,5 millions d’euros, pris en charge par les collectivités (ville et agglomération, département, région) et par le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), qui fut à l’initiative du projet avant que celui-ci ne passe sous maîtrise d’ouvrage de la ville.

30 millions d’euros pour des projets privés

Entre la cité et le palais des congrès, une dizaine d’hectares de terrains accueillira des projets de nature économique. Deux sont déjà identifiés et été officiellement présentés – ils auront tous deux pour architecte le même Pierre Barillot, de Bourg-en-Bresse. Il s’agira tout d’abord d’un hôtel 4 étoiles de 75 chambres voulu par Michel Halimi et l’acteur Christophe Lambert. Et d’un ensemble comprenant une galerie commerciale de 1.200 mètres carrés et une halle événementielle d’une capacité de 1.000 à 2.000 personnes (selon que celles-ci sont assises ou debout), accolée au palais des congrès. Cette dernière opération est signée de l’opérateur lyonnais AnaHome, qui va investir 15 millions d’euros, soit une somme équivalente à celle nécessaire pour créer l’hôtel.

Entre la cité proprement dite et les équipements touristiques, c’est une véritable opération d’urbanisme qui se dessine à l’entrée sud de Beaune, sur un terrain qui sera largement végétalisé – on annonce la plantation de 400 à 500 arbres et la création d’une voie verte pour relier le centre-ville.

P.B.

Chablis et Mâcon, les petites sœurs

Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) sera le maître d’ouvrage des deux autres cités prévues, l’une à Chablis, l’autre à Mâcon, pour un investissement total estimé à 6,5 millions d’euros. Si les vignobles locaux ne sont pas inscrits à l’Unesco, les espaces d’accueil rappelleront toutefois que la même philosophie de terroir s’applique à eux. À Chablis, c’est le Petit Pontigny, site historique du 12e siècle, qui abritera la cité. Le cabinet d’architecture Correia a imaginé une extension contemporaine qui permettra de porter la superficie à 900 mètres carrés. À Mâcon, il faudra agrandir l’actuelle maison des vins pour la transformer en une cité de 2.000 mètres carrés, sous la houlette de RBC Architecture et d’ACL Associés. Dans l’Yonne comme en Saône-et-Loire, les visiteurs attendus trouveront sur place expositions, ateliers, boutiques et espaces de dégustation et de restauration.

Dijon, cité de la gastronomie… et du vin

©Atelier d’architecture Anthony Béchu

C’est l’ancienne chapelle de l’hôpital général qui aura vocation à accueillir le centre d’interprétation des Climats du vignoble de Bourgogne niché au cœur de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon. Un lieu d’exposition permanente complémentaire de celui qui sera consacré au Repas gastronomique des Français. Et c’est avec cette double approche que la « CIGV » entend se démarquer des autres cités françaises, qu’elles soient à Beaune, à Lyon ou à Bordeaux. Le site de l’ancien hôpital général, à l’entrée du centre-ville historique, s’étend sur 6,5 hectares. Il a le mérite d’être proche de la gare, d’être déjà desservi par le tramway et de constituer un bon point de départ pour la route des grands crus. La ville de Dijon a confié la réalisation de l’ensemble au groupe Eiffage, aux manettes d’un projet représentant au total 250 millions d’euros d’investissement.

Un comité d’orientation stratégique, gage de qualité

Sur l’ensemble du site, 3,5 hectares sont en fait réservés à la cité proprement dite. Le reste est dédié à un écoquartier dont les premiers immeubles sont déjà sortis de terre : 650 logements sont prévus ainsi que des résidences seniors, étudiante et tourisme. La cité, elle, dont l’architecture est signée Anthony Béchu, sera organisée autour d’espaces d’exposition de 1.750 mètres carrés auxquels s’ajouteront 5.000 mètres carrés de commerces et un espace dédié à la formation qui accueillera l’école Ferrandi Paris et l’école des vins du BIVB. Gage de qualité, le contenu culturel de la cité passera au crible d’un comité d’orientation stratégique coprésidé par Jocelyne Pérard, directrice de la chaire Unesco Culture et traditions de la vigne et du vin à l’université de Bourgogne, et par Éric Pras, chef doublement étoilé de la maison Lameloise à Chagny.

Par ailleurs, deux cinémas, totalisant 13 salles et 2.000 places, sont prévus, qui assureront un flux de visiteurs constant tout au long de l’année, avec 500.000 clients espérés en plus des 250.000 attendus à la cité elle-même. S’ajouteront un hôtel Curio by Hilton 4 étoiles de 125 chambres, le centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine de la ville de Dijon ainsi que le Village by CA, lieu d’innovation et pépinière d’entreprises dans les domaines du goût, de la nutrition et de la santé – le pôle de compétitivité Vitagora a notamment vocation à s’y implanter.

C’est donc un projet d’urbanisme ambitieux qui est engagé. La ville de Dijon assurera l’aménagement des espaces publics et paysagers et la métropole a déjà construit, juste en face, un parking silo de 460 places qui constituera l’espace de stationnement nécessaire. Un itinéraire piéton a également déjà été créé depuis la gare, traversant le jardin des plantes. Restera à revaloriser la rue Monge, artère menant au cœur historique de Dijon, et à imaginer l’accès à la route des grands crus dont la cité prétend constituer le point de départ.

P.B.