Arnaud Orsel : « La Saint-Vincent tournante doit conserver son âme »

Arnaud Orsel est le secrétaire général de la confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Bourgogne Life. Quelles sont les clés du succès de la Saint-Vincent tournante ? Comment expliquer ce succès croissant ?

Arnaud Orsel. La Saint-Vincent tournante est restée une fête organisée par les vignerons et les habitants d’un village qui vivent, durant trois ou quatre mois au rythme d’un esprit qui les unit, faisant de chacune de leurs créations l’expression du savoir-faire de leur village. Du coup, elle attire des gens qui viennent spécifiquement pour elle, et parfois de loin. Nous avons tous les ans des délégations comme celle de Los Angeles avec une quarantaine de personnes. Ce qui est très intéressant c’est que, le jour de la Saint-Vincent, aussi bien à Bangkok qu’à Mexico, à Tokyo comme à Hong Kong, des Chevaliers du Tastevin célèbrent saint Vincent en buvant l’appellation du village organisateur. Au Mexique se déroule même une procession avec une statue de saint Vincent ! Il y a donc un esprit Saint-Vincent qui se perpétue dans le temps et se diffuse sur la planète. Et qui permet de promouvoir nos appellations, parfois méconnues. Ce fut le cas avec la Saint-Vincent d’Irancy : les Américains ont découvert ce village de l’Yonne !

Bourgogne Life. La Saint-Vincent tournante prend, au fil des années, une dimension de plus en plus importante. Est-ce une bonne chose ? La fête ne risque-t-elle pas de perdre son âme ?

Arnaud Orsel. Il y a eu un risque de dérapage dans les années 1990, avec des quantités non maîtrisées. L’événement avait tendance à devenir une « fête de la bière ». En 2000 à Gevrey-Chambertin, l’événement a atteint une dimension presque ingérable. Depuis, on a plutôt assisté à un retour à des Saint-Vincent normales, s’adaptant au village qui reçoit, dans de bonnes conditions et sur la base de nos  traditions. Pour garantir la réussite de chaque édition et le respect des traditions, nous avons élaboré une charte qui fixe les règles. Par exemple des quotas sur les cuvées pour éviter les excès et privilégier la découverte d’appellations moins connues tout en gardant comme fer de lance les appellations dont la réputation n’est plus à faire. Un réel travail pour la notoriété des appellations comme cela a été fait pour les côtes de nuits village, les crémants de Bourgogne, irancy, vézelay… Cela fait partie de notre travail, la Bourgogne est grande et il est important de défendre toutes les appellations. Il ne faut jamais oublier les fondamentaux de cet événement : la partie dite « traditionnelle » de la fête avec le défilé, la cérémonie religieuse, l’intronisation de vieux vignerons… Et ne pas oublier que la Saint-Vincent tournante doit rester une fête à taille humaine organisée par des vignerons et non pas par des sociétés d’événementiel ou de communication. C’est la garantie de ne pas perdre le sens profond de cet événement dont l’objectif premier est de préserver nos traditions.

Bourgogne Life. Comment voyez-vous l’avenir de la Saint-Vincent tournante ?

Arnaud Orsel. L’avenir est plutôt bon ! Les villages se sont inscrits jusque dans les années 2030 et dans une belle dynamique, ce depuis 2015. Nous avons à ce jour plus de 10 ans d’avance, ce qui ne s’est jamais produit auparavant. Dans les 10 ans à venir, on va voir réapparaître de grandes communes comme Meursault, par exemple, mais aussi de bien plus petits villages. Alors que l’événement est soumis à des contraintes de sécurité drastiques et représente un coût élevé, il est important que subsiste l’esprit de la Saint-Vincent, porté par les vignerons et les habitants de chaque village.

Propos recueillis par Viviana Jaimon

 

À découvrir : l’exposition des affiches de la Saint-Vincent tournante depuis 1970, au château du Clos de Vougeot.